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Les noms de familles Bretons

par Jean Tosti

Cette étude, vise à donner un aperçu sommaire des noms de famille portés en Bretagne. Elle ne concerne que la basse Bretagne, ou Bretagne bretonnante, composée en gros des départements du Finistère, des Côtes-d’Armor et du Morbihan.

Les noms de personne

Outre le répertoire traditionnel (noms judéo-chrétiens, noms germaniques), la Bretagne possède ses propres noms, d’origine celtique, qui évoquent des temps très reculés où le légendaire l’emporte le plus souvent sur la réalité des faits : les rois et les saints qui ont assuré la popularité de ces noms n’ont parfois jamais existé, en tout cas leur vie réelle ne ressemble guère à celle que les hagiographes ont imaginée. C’est bien sûr le premier thème de cette étude.

Les noms celtiques

Le plus populaire de ces noms est sans doute Tanguy (plus de 17.000 naissances ces cent dernières années, pour la plupart dans le Finistère). Il appartient à la catégorie des noms de guerriers, composés en général de deux racines, en l’occurrence tan (= le feu) et ki (= chien). Bref, celui qui est ardent au combat comme un chien. Ce n’est cependant pas un guerrier qui a rendu le nom si populaire, mais un abbé : fils du seigneur de Trémazan, Tanguy tue sa soeur Haude à la suite d’un malentendu, et renonce alors au monde. Après un jeûne de quarante jours dans la forêt de l’Elorn et un séjour au monastère de l’île de Batz, il fonde l’abbaye de Gerbert, au Relecq, et y meurt en 594.

Egalement très répandu, le nom Morvan est composé du vieux breton mor (= grand) et de uuan (= poussée, assaut), encore que cette seconde racine ne soit pas certaine (on a proposé aussi man = pensée, et certains préfèrent voir pour Morman, devenu Morvan, « l’homme de la mer »). On connaît un saint Morvan dont le tombeau se trouverait à Cléguérec, dans le Morbihan.

Hervé est lui aussi typiquement breton : la forme d’origine, Hoiearnviu, est composée de hoiarn (= fer) et de biu (= vif, ardent). Saint Hervé était né aveugle au manoir de Lannuzan, dans le Léon. Après une vie de pénitence, il fonde l’abbaye de Lanhouarneau, près de Lesneven. L’imagerie populaire le représente souvent appuyé à l’épaule de son guide, Guic’haran, et suivi d’un loup qu’il avait apprivoisé. Il aurait vécu au VIe siècle.

Prigent est formé pour sa part de la racine gent (= race, lignée) précédée de prit (= apparence, prestance). On retrouve la racine gent, gen à l’initiale dans le nom Guénan, et à la finale dans Derrien. Le nom exprime la grandeur, la noblesse, tout comme Briand, Briant (brient = importance, privilège).

Avec le nom Riou (également Rio), on entre dans le domaine royal (ri = roi), illustré par de nombreux patronymes commençant par la racine iud (= seigneur). Juhel signifie « seigneur généreux » (Iudhael), c’est le nom d’un roi de Domnonée au VIe siècle. Iudhael eut pour successeur Iudichael, à l’origine des noms Jézéquel, Jéquel, Giquel, Gicquel. Le frère de Iudichael s’appelait Judocus (breton Iudoc), mais il renoncera à la carrière royale et deviendra célèbre sous le nom de saint Josse, vénéré à la fois en Bretagne et en Picardie.

Egalement très populaire, Guéguen a dû avoir le sens de « combattant ». Il est formé sur la racine uuic (= combat), que l’on trouve aussi dans Guégan , Guézennec. Par contre, Guivarch signifie « digne d’avoir un cheval », tout comme Guiomarch, Guyomarch.

La liste pourrait prendre plusieurs pages, et il n’est pas question d’être ici exhaustif. Terminons par deux noms à l’étymologie parfois controversée, mais tous deux très répandus en Bretagne : d’abord Yves, à l’origine notamment des patronymes Yvonet et Yvonou. Le nom (celtique iv = if) n’est pas à proprement parler breton (l’équivalent est en effet Erwan), mais c’est en Bretagne qu’il a connu le plus grand succès, popularisé par saint Yves de Tréguier, surnommé l’avocat des pauvres et vénéré comme un saint avant même d’être mort (fin XIIIe - début XIVe siècle). Faut-il rattacher à Yves les formes Iven, Evain, Yvain ? La plupart des auteurs préfèrent les rapprocher du gallois Owen et de sa variante Ewan, d’étymologie incertaine.

Alain, plus couramment écrit Allain, est-il pour sa part un nom breton ? Non si l’on en croit M.T. Morlet (Dictionnaire étymologique des noms de famille), pour qui il s’agit du nom germanique Alanus, évoquant le peuple des Alains, venus de Scythie. Oui selon la plupart des auteurs bretons, qui le rapprochent du gallois alan (= cerf, également elain = biche) ou du gaélique ail (= rocher, diminutif ailin). En tout cas le premier saint connu ayant porté ce nom a bien vécu en Bretagne : il fut évêque de Quimper au VIe siècle.